« prelude » is a preliminary work for an installation that will be realized with the participation of senior mathematicians. This project is a mise-en-scene of the language and its relations with the thought flow. Is there a mapping between either deep or surface psychic structures and languages ? One knows the phrase of Lacan in this regard: the unconscious is structured like a language. The ambivalence is here brought by this « like ». Is there an isomorphism between our mental structures and our languages? In mathematics, a « natural transformation » is a morphism between functors, a functor is a morphism between categories, a category is itself sufficiently abstract to represent all classes and ordinary mathematical structures. When handling natural transformations, we have already climbed several meta-levels of representation and it may seem surprising that such an abstract object has a name so trivial and untechnical. Have we reached here the limits of language ? The actors are theoreticians, writers and dancers, facing some language constraints.
VIDEO + IN SITU + ZAAT
Les prises vidéo ont été réalisées au château de Bostz (Allier, France) en mai 2008 au cours du séminaire ELECTROBOLOCHOC. L'installation a été présentée pour la première fois à LX Factory / ZAAT. Les acteurs sont Sémir Badir, Paul-Victor Duquaire, Alessio Moretti, Marc Perrin, Anne Wambergue, Sandrine Willems.
« prélude à transformation naturelle » est une vidéo préliminaire à une installation qui sera réalisée avec la participation de mathématiciens séniors. Ce projet est une réflexion sur le langage et sur les rapports qu'il entretient avec la pensée brute. On connait la phrase de Lacan à ce sujet : l'inconscient est structuré comme un langage. Toute l'ambivalence est ici portée par ce « comme ». Y a-t-il isomorphie entre nos structures psychiques, affleurantes ou enfouies, et nos langages ? Sur le plan mathématique, une « transformation naturelle » est un morphisme entre foncteurs ; un foncteur est un morphisme entre deux catégories ; une catégorie est elle-même une structure suffisamment abstraite pour pouvoir représenter toutes les classes et structures mathématiques ordinaires. Lorsqu'on manipule des transformations naturelles, on a donc déjà grimpé plusieurs méta-niveaux de représentation et il peut paraitre surprenant qu'un objet aussi abstrait porte un nom si trivial et détechnicisé. Atteint-on ici les limites du langage ?
Il semble que les outils de traduction de la pensée en langage soient assez variables selon les personnes. Ces outils se sont probablement mis en place en même temps que s'est formée notre pensée au cours de nos développements personnels. Dans le débat historique sur la morphogénèse du langage, Chomsky défend contre Piaget l'idée d'une grammaire universelle innée, et compare la génèse biologique de cette grammaire universelle à la morphogénèse d'un organe, ce qui suggère que le langage en serait une sécrétion et qu'il révèlerait (et cacherait simultanément) un processus sous-jacent inexprimé.
La linguistique considère traditionnellement le langage comme un système clos de signes, mais on peut s'interroger sur l'emplacement de la clôture. Dans les termes du schéma classique de Jakobson relu sous un oeil systémique, Saussure inscrirait la fermeture de son système linguistique autour du duplet (2,6) et proposerait l'étude des interactions avec deux autres systèmes : (1) et éventuellement (5). L'émetteur (3) et le recepteur (4) sont exclus de l'écosystème. Frege élargit le duplet par adjonction du sens mais considère toujours le langage comme un objet formel (le nouveau terme 'sens' est aussi formel). L'émetteur et le recepteur restent donc tellement abstraits qu'on peut continuer à les exclure de l'écosystème.
| 1 context | 2 message | 3 sender | ---------------> | 4 receiver | 5 channel | 6 code |
Saussure, en posant comme hypothèse implicite que le duplet signifiant/signifié existe per se, objectivise le langage et exclut son aspect cognitif. Si à l'inverse on pose que le signifiant n'a pas d'existence tant qu'il n'est pas énoncé, on ne propose pas une simple nuance phénoménologique mais on inclut dans l'étude du langage un aspect cognitif at affectif, on cesse de le supposer idéal, en suivant le credo structuraliste, pour l'appréhender comme un objet « performé ».
On sait que l'émotion participe des processus cognitifs même les plus rationnels (Damasio) et que le processus créatif en jeu dans le langage performé convoque une petite cuisine personnelle de notre esprit (les bisociation matrices de Koestler, les blending & mappings de Fauconnier, les K-lines de Minsky etc.) qu'on ne peut exclure sans abdiquer la transformation structurale qu'opère le langage sur son emetteur au moment même ou il le prononce. Ces transformations communes (« en temps réel » comme il conviendrait de dire si l'on voulait vanter les qualités marchandes du système linguistique) du recepteur et de l'émetteur posent la base de l'existence d'une boucle de rétroaction, propre à la cybernétique. Le langage, d'un point de vue contemporain serait un système cybernétique.
Hilbert proposait de substituer «point», «droite» et «plan» dans la description axiomatique de la géométrie par «chope de bière», «chaise», «table»... Par cette suggestion humouristique, il invitait à déporter son regard vers un autre endroit, plus profond. Je pose comme une hypothèse qu'il y a derrière le langage technique des idées profondes qui sont reconnaissables ailleurs, exportables vers un lieu étranger et je propose de détourner ce langage pour en faire le support d'une forme aux allures narratives. Si j'explore ainsi les frontières et la résistance du langage en le soumettant à distorsions, il faut s'assurer qu'il y ait toujours une réception possible (quite à inventer d'autres modes d'émission et de réception). La question pourrait être celle-ci : peut-on dégager, dans un sens étiologique ou archéo-logique, des « universels » et des « singuliers » ? peut-on donner une forme sensible aux logiques personnelles qui animent nos langages ? Peut-on y percevoir leur génèse ? Du point de vue structural, ce pourrait être la recherche d'invariants, ou simplement de « points d'accumulation » qui ne sont pas encore structurés en invariants. Posé ainsi, nous aurions un problème scientifique qui imposerait un protocole expérimental du même ordre. Or je souhaite ici étendre le point de vue objectif en y incluant le sujet et prendre de fait une certaine distance avec une attitude qui serait réellement scientifique. Peut-être que la tension qui reside dans cette antinomie (objectiviser le sujet / chercher la subjectivité dans l'objet) possède une certaine isomorphie avec la dualité des regards artistique (subjectif) et scientifique (objectif) sur un même [sujet/objet].
