PRÉLUDE À TRANSFORMATION NATURELLE

PRELUDE OF A NATURAL TRANSFORMATION

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CONCEPTION / REALISATION - Olivier Perriquet
ACTORS - Sémir Badir, Paul-Victor Duquaire, Alessio Moretti,
                 Marc Perrin, Anne Wambergue, Sandrine Willems.


PRÉLUDE À TRANSFORMATON NATURELLE is a mise-en-scene of natural language in relation to the raw flow of thought. The actors are theoreticians, writers and dancers, who had to face some language game constraints. Created at the Castle of Bostz in France in May 2008 during the ELECTROBOLOCHOC WORKSHOP, the installation was then exhibited at LX FACTORY in Lisbon during the festival ZAAT.

+ VIDEO (23')
+ INSTALLATION @ LX-FACTORY
+ ZAAT FESTIVAL

+ FRENCH TRANSCRIPTION WITH ENGLISH TRANSLATION → [ PDF ]


Chacun de nous utilise la langue naturelle à sa façon. Si la communication exige des règles, il reste que la langue permet l'expression d'une pensée qui est propre à chaque personne et dont le style trahit la constitution. Quels rapports entretiennent le langage et la pensée « brute » ? On connait la phrase de Lacan à ce sujet : l'inconscient est structuré comme un langage. Toute l'ambivalence est ici portée par ce « comme » : y a-t-il une certaine isomorphie entre nos structures psychiques, affleurantes ou enfouies, et nos langages ? Dans quelle mesure le langage est-il réellement constitutif de la pensée ? Dans un débat historique sur la morphogénèse du langage, Chomsky défend contre Piaget l'idée d'une grammaire universelle innée, et compare la génèse biologique de cette grammaire universelle à la morphogénèse d'un organe, ce qui laisse à penser que le langage en serait une sécrétion et qu'il révèlerait (et cacherait simultanément) un processus sous-jacent inexprimé.

La question pourrait être celle-ci : peut-on dégager une étiologie ou une « archéologique » personnelle, mettre en évidence des invariants, des points d'accumulation, des répétitions ? La linguistique structurale considère traditionnellement le langage comme un système clos de signes, où l'objectif est de transmettre un message. Si on cesse néanmoins de supposer le langage comme idéal, en suivant le credo structuraliste, pour l'appréhender plutôt comme un objet « performé » la question devient tout autre. Peut-on donner une forme sensible aux logiques personnelles qui animent nos langages ? Peut-on y percevoir leur génèse ?

On sait que l'émotion participe des processus cognitifs même les plus rationnels et que l'acte créatif en jeu dans le langage performé convoque une petite cuisine personnelle de notre esprit qu'on ne peut exclure sans abdiquer la transformation structurale qu'opère le langage sur son emetteur au moment même ou il le prononce. Ces transformations communes (« en temps réel » comme il conviendrait de dire si l'on voulait vanter les qualités marchandes du système linguistique) du recepteur et de l'émetteur posent la base de l'existence d'une boucle de rétroaction, propre à la cybernétique. Le langage, d'un point de vue contemporain serait un système cybernétique.

Posé ainsi, nous aurions un problème scientifique qui imposerait un protocole expérimental du même ordre. Or je souhaite ici étendre le point de vue objectif en y incluant le sujet et prendre de fait une certaine distance avec une attitude qui serait réellement scientifique.

Hilbert proposait de substituer «point», «droite» et «plan» dans la description axiomatique de la géométrie par «chope de bière», «chaise», «table»... Par cette suggestion humouristique, il invitait à déporter son regard vers un autre endroit, plus profond. En m'inspirant de la boutade d'Hilbert, je pose comme hypothèse qu'il y a derrière le langage technique des idées profondes qui sont reconnaissables ailleurs, exportables vers un lieu étranger et je détourne ce langage en le soumettant à des distorsions qui éprouvent sa plasticité, jusqu'à en faire le support d'une forme aux allures narratives.

Les narrateurs, placés dans les conditions apparentes d'un monologue, sont acteurs de leur propre langage. Le cadre serré sur les visages réduit a priori les orateurs à des sujets pensant, tout en renforcant paradoxalement leur présence physique. Si on ne peut mettre en doute la sincérité de leur parole, il reste à savoir à qui s'adresse cette langue mystérieuse.

Les prises vidéo ont été réalisées au château de Bostz (Allier, France) en mai 2008 au cours du séminaire ELECTROBOLOCHOC. L'installation a été présentée pour la première fois à LX Factory / ZAAT. Les acteurs sont Sémir Badir, Paul-Victor Duquaire, Alessio Moretti, Marc Perrin, Anne Wambergue, Sandrine Willems.